LÉGENDES
de
L'EURE


LE HÊTRE SAINT OUEN

L'arbre de Saint-Ouen est planté dans un triège de la forêt de Bord dépendant du territoire de Léry.
La tradition rapporte que lors d'une de ses visites pastorales, saint Ouen se serait reposé en cet endroit, à l'ombre d'un arbre, objet du culte des idolâtres.
Rien d'étonnant que le zélé archevêque de Rouen n'ait stationné à Léry pour détruire les pratiques du paganisme et donné sa bénédiction à l'ombre d'un hêtre auquel il aurait attaché des reliques. (…) Je dis : au pied d'un hêtre, car l'arbre qui l'a abrité de son épais feuillage a depuis longtemps disparu. Celui qui est aujourd'hui le but du pèlerinage n'est pas un vétéran de la forêt. Il ne mesure pas plus de 1,20 mètre de circonférence, mais il est orné d'un petit tabernacle où est placée l'image de saint Ouen.
Cet icône est revêtue d'habits épiscopaux qui se trouvent renouvelés chaque année, grâce à cette croyance : la jeune fille qui se présente la première le jour de la fête du saint pour parer la statue d'ornements nouveaux doit trouver un mari dans l'année.

Pendant que je prenais ces notes, une pauvre femme, une jeune mère, s'agenouillait éplorée au pied de l'arbre vénéré. Elle présentait aux regards du saint, encore aux langes, dont le visage pâle était bosselée par la saillie des os. Le pauvre petit tremblait la fièvre, et sa mère, en ardentes prières, implorait le saint, lui demandant de guérir son enfant. En regardant le pauvre petit être déjà touché par la mort, en voyant affalée sur la douleur, je me suis ému, et une prière, cette aumône de l'âme, vint sur mes lèvres...
Lorsque la pauvre femme eut achevé ses dévotions, elle se releva et je la vis prendre un petit rameau d'une couronne qui entoure le tronc de l'arbre un peu au dessous du petit sanctuaire.
Cette couronne tressée de buis, de genêts et de rameaux de sapins est solennellement bénie le jour des Pâques fleuries par le clergé de Léry qui se rend en procession à l'arbre de Saint-Ouen. Les brins qui composent cette couronne préservent les nouveau-nés de la fièvre. Aussi, la pauvre mère après s'être emparée de ce talisman précieux le plaça-t-elle sur son enfant et s'éloigna presque souriante, presque de foi et d'espérance.

Léon de VESLY - Légendes et vieilles coutumes (1894)

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