LÉGENDES
du
CALVADOS


LE COURSIER FURIBOND

En ce temps là, les chemins rocailleux et profonds qui entouraient Montchauvet furent aussi hantés par un spectre de coursier arabe, pur sang , couleur pie. La bête fringante descendait les rampes et remontait les cavées à une rapidité étourdissante. Malheur alors aux cavaliers ou aux piétons qui se trouvaient sur son passage ; sans pitié, il les couchait à terre. Sa course furibonde effrayait les cavales et les faisait virer, renversant les cavaliers, tandis qu'il manifestait sa joie par des ricanements sardoniques.

Par une belle nuit d'été, l'animal mystérieux s'arrêta au centre du bourg, vis à vis de l'habitation d'une blanchisseuse. L'unique fermeture en bois qui tenait la fenêtre close et les volets rapprochés l'empêchait de percevoir les rayons lumineux de l'antique lampe à bec et à huile qui éclairait l'ouvrière. A un moment donné, cette dernière incommodée par la chaleur du charbon, ayant poussé la croisée pour prendre l'air, aperçut l'intrus à quelques pas d'elle. Elle poussa un cri d'effroi ; il disparut aussitôt et on ne le revit jamais.

A. MADELAINE - Au bon vieux temps.
Récits, contes et légendes du l'ancien Bocage Normand (1907)