TRADITIONS
de
NORMANDIE


LA LOUÉE

Les travaux de la fenaison rappellent de vieux usages augerons que nous aimons évoquer ici. Il y a quatre vingt ans environ, tous les matins sauf le dimanche, se tenait au milieu de la grand-rue d'Orbec ce qu'on appelait "la louée".
Les ouvriers agricoles qui cherchaient nombreux du travail se réunissaient sur les trottoirs et attendaient les employeurs ; ils étaient là environ une centaine, qui parlaient, s'agitaient, discutaient du temps probable et des travaux qu'ils comptaient entreprendre. Il y avait des équipes de faucheurs, les plus solides, les plus robustes, de botteleurs aux faces brunies par le soleil ; enfin, les faneurs à toutes mains.

Les familles de la région venues en carriole se frayaient un chemin à travers cette foule, cherchant les meilleurs ouvriers et ceux dont l'aspect physique était particulièrement engageant. On entrait au café, on buvait un verre et on mettait au point les conditions ; puis on partait vers la ferme, patrons et ouvriers perchés dans la mˆme carriole aux allures si champêtres. Il était alors quatre heures du matin, on arrivait à temps pour commencer la journée vers cinq heures et tout le monde était content.

Henry PELLERIN - in "le pays d'Auge" (juillet 1954)