TRADITIONS
de
NORMANDIE


LE GIBOYEUR

Que fait-il la plupart du temps ? Tous les métiers, excepté le bon, vous répondront inévitablement, chaque fois, les gens du village.
Ses condamnations ? Ah ! pour sûr, il ne les compte plus. La plupart pour braconnage, il va sans dire, mais quelques-unes aussi pour coups, vols et rapines.
Grand et maigre, parlant peu et l'air sournois au possible, sa rencontre provoquera aussitôt la répulsion des uns comme un peu aussi la terreur des autres : tous, sans exception, cependant, tiendront à rester en bons termes avec lui, et le pauvre garde-champêtre lui-même éviterait bien de lui refuser une poignée de mains ou même une pincée de tabac.

Toutes les ruses comme toutes les rubriques du métier lui sont familières, fouinard comme pas un, c'est lui qui, la plupart du temps, découvre le premier, parmi tous les chasseurs de la contrée, le gibier le mieux caché et c'est lui pareillement, qui, à force de patience et d'adresse, réussira là où tous les autres, au contraire, auront échoué.
Marcheur aussi intrépide qu'infatigable, adroit tireur et connaissant toutes les cachettes, ne vous étonnez plus après cela de tous les petits bénéfices qu'il parviendra de la sorte à réaliser, non seulement durant la saison de la chasse, mais aussi pendant toute l'année, grâce au braconnage, et dut une nouvelle condamnation s'ajouter encore à l'avenir à toutes celles déjà encourues. Alors, quelle que soit cette dernière, soyez bien convaincu qu'il la subirait tout aussi philosophiquement que la précédente, et qu'il méditerait plus que jamais sur les moyens à employer pour mieux éviter désormais ceux qui l'auraient pincé encore une fois.

Édouard MICHEL - Types de village (1906)